L’initiative de Vincent Peillon prise ce week-end a Marseille comportait une incontestable prise de risque.

D’abord au niveau des ateliers en choisissant délibérément de faire une place très importante aux experts de la société civile sur les vrais sujets de fond tels que les retraites, l’éducation, les médias, les collectivités territoriales, le culture, la crise de la social-démocratie avec des syndicalistes, des chefs d’entreprise. Pour de nombreux militants, notamment sur les retraites, on était loin du discours langue de bois habituel.

Une consigne a-t-elle été donnée ou pas ? Toujours est-il qu’il n’y a pas eu durant ces deux jours de piques, de petites phrases. Je n’ai même pas entendu prononcer une seule fois à une tribune le nom de la première secrétaire de notre parti.

Ensuite au niveau de la date. Placée très tôt dans la fin août, le pari quantitatif était loin d’être gagné. Or, il y a eu plus de 1000 inscriptions, ce qui démontre combien les militants sont en quête de cet espoir à gauche.

Enfin, au niveau de deux questions…..qui sont explosives : les primaires et les alliances.

De ce point de vue, la sortie de Najat Belkacem avait le mérite de sa clarté.

« On n’a pas réussi à convaincre la direction de mettre nos priorités (la question des primaires, celle des alliances, celles des adhésions massives, de la mise à plat de tout notre système d’élection) à l’ordre du jour. Plutôt que de faire des coups de gueule dans la presse, on construit un évènement pour ressortir avec des propositions concrètes. »

Des primaires ouvertes.

Plusieurs responsables de courant ont plaidé pour la mise en place de ces primaires. Je l’ai moi-même défendu puisque j’étais l’un des invités de cet atelier.

Ces primaires, Vincent Peillon les souhaite « ouvertes à tous les progressistes », « les Verts, le Radicaux, les citoyens et bien entendu le plus grand nombre de Français. L’idéal c’est d’aller vers trois, quatre millions de participants ». C'est la seule manière de donner à notre candidat(e) une légitimité  qui passera au-dessus des battus.

Jean-Louis Bianco est revenu la-dessus, en apportant quelques précisions. L’objectif est de les mettre en place après les élections régionales.

Enfin, Patrick Menucci a été on ne peut plus clair. « Les primaires se feront, la direction nationale ne pourra les empêcher. Si la direction ne bouge pas rapidement, je proposerai une pétition pour organiser une convention nationale ». (Selon les statuts du PS, la direction est tenue de convoquer un conseil national pour en débattre, si la pétition recueille 10 000 signatures dans vingt fédérations.) « Nous n’aurons aucun problème pour les avoir »,  a déclaré Patrick. Ce que je pense également.

Le deuxième débat était encore plus casse-gueule. Il s’agissait des alliances.

« Ce n’est pas avec 36% des voix qu’on change une société, explique François Rebsamen. La question, c’est comment on bat Nicolas Sarkozy, avec qui et pour faire quoi ? On peut gagner en rassemblant à gauche et on ouvrant, s’il le fait, au MoDem et aux démocrates. » Si on reste aveugle et sourd à cette évidence, alors la suite va paraître baroque comme je l'ai entendu ce matin à Antenne 2. mais si on pense que ce constat est juste...

Jean-Louis Bianco a posé les points essentiels de la réflexion.

« Ce qu’il faut, c’sst 1) un PS fort, 2) une alliance à gauche avec les Verts, 3) regarder si on peut avoir une alliance avec le MoDem ». « Est-ce qu’au second tour de 2012 on pourra battre Nicolas Sarkozy sans le MoDem ? »

Le décor pour le grand débat était planté. En voici quelques temps forts.

A la tribune, Marielle de Sarnez a notamment dit : « Les lignes doivent bouger. Nous venons d’horizons divers mais si nous croyons qu’il y a de l’insupportable dans ce qui se fait aujourd’hui (…) alors ce qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise ». Elle a dénoncé « l’ultra personnalisation du pouvoir », « l’hégémonie », « la partialité » de Nicolas Sarkozy, « dont on aime ni le savoir faire, ni le savoir être ». « Tous ceux qui partagent ces convictions ont à faire ensemble. Ensemble. Pas les uns sans les autres. Et pas les uns contre les autres ». Ce que nous avons à construire ensemble est plus grand que ce que nous sommes ».

Robert Hue a évoqué un « compromis historique » et rappelé que sa majorité municipale de Cormeilles-en Parisis comptait « des élus de sensibilité MoDem ». « Rien ne m’effraie dans les propositions de rassemblement qui sont les nôtres ».

Daniel Cohn Bendit, plus mesuré et caustique, a plusieurs fois pris la salle à rebrousse-poil, notamment en réclamant « un inventaire des valeurs de gauche ». Il a ensuite indiqué que si le PS en guise de « rassemblement » ne donnait qu’une « chambre de bonne » à ses partenaires « une chose est sûre, le président en 2012 sera Sarkozy ».

Enfin, Christiane Taubira parlant d’un « ouvrage considérable » n’a « pas voulu gâter la sauce » mais a émis quelques bémols en appelant tout de même à « constater les désaccords » tout en étant « capable » de les dépasser. « Nous avons à faire l’inventaire de nos pratiques de pouvoir, entendre l’inventaire des pratiques de pouvoir des autres.

En conclusion, Vincent Peillon a salué le « commencement » du rassemblement « écologique, socialiste et démocratique » en vue de 2012.

Qualifiant ce moment « d’évènement historique dans l’histoire de la gauche française », de « signe d’espoir » dans ce « désert profond » que le PS traversait depuis le congrès de Reims, M. Peillon a exhorté à « faire maintenant le rassemblement écologique, social et démocratique ».

« La responsabilité historique de notre génération est d’ouvrir le nouveau cycle politique dont nous avons besoin ».

Vincent a également annoncé l’organisation de débats décentralisés « dans les mois qui viennent » entre les différents partenaires. Il s’agira, n’en déplaise à la direction du PS, de donner un contenu à ce « rassemblement écologique, socialiste et démocratique » conçu – la précision est d’importance – « à égalité avec nos partenaires » ainsi que l’ouverture d’un autre site internet.

En tout cas ces deux journées ont redonné de l’espoir à beaucoup d’entre nous. A nous de faire progresser maintenant ces débats au sein du PS.