23 novembre 2007
Le vote des musulmans : une enquête de l'IFOP

L'IFOP vient de réaliser un sondage sur le vote des musulmans.
Même si je trouve très pernicieux le fait de sonder une communauté sur ses intentions de votes dans une France que je souhaite profondément républicaine, j'ai souhaité vous faire partager ces conclusions qui sont intéressantes et vont à l'encontre de certaines idées reçues.
J'en tire les enseignements suivants : Nicolas Sarkozy ne trompe pas son monde et demeure de fait très impopulaire chez les musulmans malgré l'ouverture faite à Rachida Dati ou à Fadela Amara au gouvernement. Sarkozy-Estrosi, cela ne vous dit rien ? Si on suit la logique du sondage, il n'y a aucune raison que Chsistian Estrosi qui est le bras droit de Sarkozy soit plus populaire que son patron dans la communauté musulmane, si tant est que l'on fasse de la politique, la vraie. C'est à dire que l'on mette en perspective l'action globale du gouvernement auquel appartient Christian Estrosi, de l'ADN à l'alignement progressif sur la politique de Bush en Irak. Il est certain que si l'on reste sur le terrain des attributions de HLM, on aura du mal. Mais cela ne s'appelle déjà plus de la politique. C'est du clientélisme. Nous avons donc tout intérêt à élever le débat.
Voici ce que dit l'IFOP:
"Si le Parti Socialiste a profité quelque peu, début 2004, des débats sur la loi sur la laïcité pour renforcer son assise au détriment d'une droite largement minoritaire, dont les positions de certains des membres avaient pu paraître à l'époque "hostiles" aux musulmans, le mouvement le plus significatif est intervenu suite à la crise des banlieues. La proximité au PS a ainsi progressé de 9 points (de 44,8 % à 53,8 %) entre la période avril-octobre 2005 et la période novembre 2005-avril 2006. Cette forte progression s'est faite principalement au dépend du PC, de l'extrême-gauche et des Verts. Tout se passe donc comme si la crise des banlieues et la réponse qui lui avait été apportée par le Gouvernement avaient suscité un réflexe de "vote utile" au profit de la formation de gauche dominante, la seule à même de s'opposer efficacement à l'élection de Nicolas Sarkozy aux yeux de cette partie de la population particulièrement concernée par ces évènements et les projets de loi sur la sécurité et l'immigration.
Alors que les courants de pensées de gauche non-socialistes étaient sur-représentées parmi les personnes de confessions musulmanes (et ce à la fois pour des raisons historiques du fait de la mobilisation de ces formations au moment de la décolonisation, dans le combat anti-raciste et les luttes contre les expulsions mais aussi pour des raisons sociologiques : les catégories populaires et les jeunes générations, statistiquement plus acquises à la gauche, étant sur-représentées dans cette catégorie de la population), leur part s'est réduite depuis novembre 2005. La droite et l'extrême-droite, déjà très largement minoritaires dans ce segment de l'électorat ont également vu leur influence se rétrécir plusieurs mois après les émeutes mais dans une proportion moindre que la gauche de la gauche.
Cette forte progression du Parti Socialiste auprès de la population musulmane intervenue après la crise des banlieues est d'autant plus spectaculaire, que ce phénomène ne se retrouve pas au niveau de l'ensemble de la population, la proximité au PS n'ayant que très légèrement augmenté durant cette période (de 28,7 % à 29,9 %). Alors qu'on s'interrogeait sur l'impact des débats sur le port du voile ou la laïcité sur l'émergence éventuel d'un vote "communautaire musulman", il apparaît donc que les violences en banlieues de l'automne 2005 et les suites qui y ont été données ont eu impact autrement plus important sur le positionnement politique de ces personnes. Durant la campagne présidentielle, l’audience du PS s’est quelque peu réduite notamment sous l’effet de la concurrence conjuguée du Modem et de la gauche de la gauche. Mais suite à cette élection, marquée notamment par les bons scores de Ségolène Royal dans les banlieues populaires, le PS a repris très nettement l’ascendant sur le PC et l’extrême gauche parmi les musulmans.
La proximité à l’UDF puis au Modem parmi les musulmans a également évolué significativement durant la campagne présidentielle. Alors que la formation centriste avait une influence quasi inexistante dans cette partie de la population, la campagne de François Bayrou a rencontré un écho positif et l’audience de son parti s’est alors mise à progresser. On rappellera ici par exemple l’accueil chaleureux dont il bénéficia lors de son déplacement à Saint- Denis. Cette audience s’est encore développée depuis l ’élection et la création du Modem au point qu’elle est aujourd’hui presque au même niveau que dans l’ensemble de la population. Le message d’équilibre entre la gauche et la droite porté par François Bayrou et ses appels à la tolérance entre les religions ont sans doute séduit une partie de l’électorat musulman modéré qui jusque là n’avait porté aucune attention à la formation issue de la démocratie-chrétienne.
Si le PS a maintenu son hégémonie parmi l’électorat musulman et que le Modem s’y est implanté, l’UMP demeure très en retrait (8% de proximité contre 33% en moyenne dans la société française) depuis la présidentielle. La nomination au gouvernement de personnalités issues de l’immigration a certes été un signal fort et a rencontré l’adhésion de l’opinion publique. Rachida Dati bénéficie ainsi d’une des plus fortes popularités dans le baromètre Ifop/Paris-match alors même qu’elle n’est pas connue depuis longtemps par le grand public. Pour autant, très peu de musulmans se déclarent proches de l’UMP et ils constituent la catégorie de population où M. Sarkozy est quasiment le plus bas en terme de popularité (37% contre 63% parmi l’ensemble des Français en moyenne sur les six derniers mois). On peut certes penser que sans l’ouverture à la « France de la diversité », la Président bénéficierait peut être d’une popularité encore plus faible parmi les musulmans, mais ce geste symbolique est sans commune mesure avec l’impact du travail politique et de nombreux signaux (tant en terme de politique intérieure qu’étrangère; cf. le conflit Israelo-Palestinien et la Guerre en Irak) qu’avait envoyés son prédécesseur en direction de cet électorat. A tel point que la situation le concernant sur la dernière année de son mandat était aux antipodes de celle existant aujourd’hui puisque c’est parmi les musulmans que la popularité du Président Chirac était la plus forte de toutes les catégories de la population."
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