Patrick4
Photo : Claude Reva (9 décembre 2005)

Jean-Marc Eusebi faisait partie de ces hommes qui font l'unanimité, par sa gentillesse, par l'amour de sa ville et de sa culture qu'il savait si bien transmettre.

Il était l'un de nos ambassadeurs d'une identité niçoise rénovée, contemporaine et avait totalement raison dans son analyse. Il pensait que cette identité pouvait se transmettre par deux vecteurs :

- Le Caranaval de Nice. Co-concepteur des dernières éditions du Carnaval de Nice, il était un illustrateur talentueux et un dessinateur exceptionnel. Ses croquis étaient toujours porteurs d'un message, un message toujours juste et souvent très drôle. Il manquera beaucoup au Carnaval de Nice.

- La jeunesse - Jean-Marc était persuadé que la sauvegarde de notre identité culturelle passait par la jeunesse et les tout jeunes. C'est le papa de Emma Tomate, de Cougourdon, de Ratapignata ou encore Pépé le poivron qui vient de nous quitter. Il était aussi le fondateur de la collection bilingue français-niçois, le complice de Richard Cairaschi, de Louis Pastorelli et de tant d'autres. Ses merveilleuses petites BD en français et en niçois étaient pour les plus jeunes, notamment au CP et au CE1, l'occasion pour beaucoup d'enfants de découvrir le niçois.

C'est une perte terrible. L'an passé, nous étions allés remettre des exemplaires de ses bandes-dessinées à l'école Auber. Nous avions parlé avec les enseignants, avec la directrice Natura Auvergne et Jean-Marc était très heureux de cette visite dans une école qui accueille de nombreux enfants immigrés. Je me souviens de notre discussion. Il m'avait dit que cette sensibilisation que je l'aidais à faire était très importante : "Tu vois me disait-il tous ces petits déracinés qui arrivent en France, ils ne savent pas qu'ils sont désormais les petits Niçois, ils ne savent même pas qu'ici il y a des gens qui parlent encore le Niçois. Avant de nous voir, ils ne savaient d'ailleurs même pas que la langue niçoise existait. C'est très important ce que nous faisons".

Un de ses derniers dessins avaient été la carte de voeu de Marc Concas. C'était "En 2006 Marc Concas répare la digue", une allusion aux travaux actuels de renforcement de la Digue du Port de Nice, quartier qu'il affectionnait tant au même titre que le Vieux-Nice, Saint-Roch ou Riquier. La Rive Gauche du paillon c'était son territoire.

Le dessin original comportait un détail que Marc Concas avait souhaité rectifier : la femme en maillot qui regardait notre conseiller général en train de travailler était seins nus. On lui avait demandé de la vêtir d'un maillot deux pièces. Et le crayon du dessinateur avait rectifié , s'amusant de notre réaction.

Quelques jours après nous apprenions la terrible nouvelle et sa compagne ne nous avait laissé aucune illusion sur la gravité de son état. A 44 ans, c'était affreux. Moins d'un an après Jean-Marc nous a quittés. Là où il est il pourra désormais dessiner autant de seins nus qu'il le veut.

Et nous ici, nous devrons apprendre à faire sans lui, mais à chaque fois que nous parlerons d'identité culturelle niçoise nous penserons à lui.

Ciao Jean-Marc.